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Vallée de la Clarée ou
Vallée de Névache
On appelle indifféremment la vallée soit
vallée de la Clarée soit vallée de Névache. On entend
ou on lit même parfois le nom de Névachie
- terme érudit peu élégant et
d'ailleurs inusité. La Clarée est le nom du
cours d'eau qui parcourt la vallée. Névache est le nom du village
emblématique de la vallée. C'est aussi son nom d'origine - Annavasca valle
en 739.
L'appellation Clarée
est beaucoup plus récente, ses premières indications
remontent au début du XVIIIe siècle, sur la carte de Cassini
en 1744 - la Claire.
On trouve aussi le
Claret, le Clairet, la Clairée sur les
anciennes cartes. Ce
nom lui vient certainement de la clarté remarquable de
ses eaux. Aucune
forme ancienne ne permet de remonter à une autre
étymologie. Auparavant elle était simplement appelée
littéralement l'Eau de Névache - Aqua de
Nevachia en 1317, Aqua Nevachie et Aqua
Nevachete en 1347, Aqua Nevachie en 1379 et
1426
[Roman
(J)].
Les documents cartographiques des XVIe et XVIIe siècle
lui donne le nom de Druenza en distinguant une
Druenza magna - notre belle Clarée, et une
Druenza piccola - la minuscule Durance
actuelle
[Pedemontana
regio - Mercator (1589), carte du Dauphiné
- Tassin (1634), Sanson d'Abbeville (1641,
1648, 1652), Borgonio (1680)].
Pas de confusion, la Durance n'a pas emprunté son
nom à la Clarée, mais l'a au contraire imposé au
cours d'eau effluent.
Une carte du XVIIIe siècle, la nomme la Claire en
amont de Plampinet et la Dure en aval. La
même carte désigne la Guisane sous le nom d'Ance
et nomme enfin Durance la réunion des deux cours
d'eau en aval de Briançon
[Rostolland]
!
Pour les locaux, notre rivière est longtemps restée
simplement l'Aïgue, l'Eau, voire la
Grand' Aïgue, la Grande Eau. Elle prend sa
source à la Mère de l'Aïgue et traverse le
Plan de l'Aïgue à Fontcouverte.
L'appellation Annavasca ou Annevasca
remonte au contraire à la nuit des temps à l'époque
préceltique des ligures. Elle a même peu varié dans le
temps : Annavasca en 739, Nevasca en 1118,
1158 et 1183, Nevascha en 1225, Nevachia
en 1330, Nevasia en 1334, Novachia en
1358, Navaysse en 1568, Neuvache sur la
carte de Cassini
[Roman
(J)],
mais aussi Navaschia au XIe siècle -
Castrum de Navaschia, Navissia, Navaychia,
Navasche, Navascha en 1343 -
Condominus de Navascha, Naveichia, et,
même Nepvache
[Bouquier
(S)].
La
tradition érudite
[Rostolland
(H), 1930]
et la facilité donne le sens de vallée enneigée à
la vallée de Névache à partir de Annavasca
valle et sa variante Annevasca valle,
n'hésitant pas à associer le latin NEV- < latin NIX,
NIVIS = neige au suffixe ligure -ASCA.
Hypothèse rejetée par les toponymistes, pour son
incohérence linguiste, qui avancent au contraire
l'hypothèse à partir d'un nom d'homme gaulois AN(N)AVO
ou romain AN(N)AVUS + suffixe ligure -ASCA
[Dauzat-Rostaing
(1983), Bouvier (2002), Faure (1998),
Nègre - § 1234 (1990)]
en donnant au suffixe le sens de propriété, la ferme
de An(n)avo, en quelque sorte, en repartant sur une
nouvelle incohérence temporelle.
Plus vraisemblablement,
[Bouquier (1974)]
l'étymologie est à rechercher du côté du radical
hydronymique préceltique voire même pré-indo-européen NAV- > NAVA = vallée à fond plat,
circulaire ou semi-circulaire, associé au suffixe
ligure -ASCA que l'on retrouve en de nombreux lieux :
crêtes de Naves, signal de Naves,
Navacelles, Nabas, Nages, la
Navisanche, Antonaves, Navette,
Navas, ... pourtant repéré par
Dauzat-Rostaing et Faure auquel ils donnent
le sens de plaine, plateau.
Ceci confirme une constante de la toponymie, les anciens
noms utilisés pour désigner respectivement une montagne,
une rivière, une vallée, ... comportent le sens de
montagne, rivière, vallée, ... , et ce d'autant plus que
l'appellation est ancienne !
Annavasca, Névache, c'est la vallée à fond plat.
Même valle est déjà de trop, mais en 739, le sens
d'origine était peut-être déjà perdu.
Pour
Dauzat-Rostaing,
NAV-, NEV-, NIV- sont trois variantes vocaliques du
même radical hydronymique pré-indo-européen NAV- à
l'origine de nombre de cours d'eau :
Les
voisines, la Névache ou Neuvache et la Névachette ou Neuvachette à
Valmeinier et Valloire. L'homonyme, la Navaccia, affluent de la Tartagine en
Corse et un autre Navaccia, au bord du Lac
Trasimène en Ombrie (Italie). Et même deux que l'on ne peut soupçonner
d'avoir un lien quelconque avec la neige : la Nièvre,
affluent de la Somme
-
eaue de Neve en 1267,
et la Nièvre, affluent de la Loire
-
Nevera autrefois.
Ernest Nègre dans sa TGF donne plusieurs exemples
de noms de lieux remontant au radical *NAVA = vallée,
auge, qu'il donne comme préceltique mais déjà
indo-européen, comme les Ligures. Comme
Dauzat-Rostaing, il rate le coup pour Névache,
préférant un très hypothétique patronyme intemporel.
Références
Bouquier, 1974 : BOUQUIER (S) - Guide
historique et touristique de la vallée de Névache
Bouvier, 2002 : BOUVIER (JC) - Noms de
lieux du Dauphiné
Dauzat, Rostaing, 1983 - DAUZAT (A),
ROSTAING (C) - Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France
Faure, 1998 : FAURE (A) - Noms de lieux et
noms de familles des Hautes-Alpes
Ferrand : FERRAND (H) - Le Pays
Briançonnais - De Briançon au Viso, la vallée de Névache et le Queyras
Gros, 1935 : GROS (A) - Dictionnaire
étymologique des noms de lieux de la Savoie
Nègre, 1990 : NEGRE (E) - Toponymie
Générale de la France, TGF
Romagne, 1981 : ROMAGNE (Abbé L) -
Églises et Chapelles de Névache
Roman, 1884 : ROMAN (J) - Dictionnaire
topographique du département des Hautes-Alpes
Rostolland, 1930 : ROSTOLLAND (H) -
Névache et la vallée de la Haute-Clarée
Sentis, 1982 : SENTIS (G) - Névache et sa
vallée
Toponymie de la Clarée
- Étude et Étymologie des noms de lieux de
la Clarée.
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