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Massif des
Écrins
ou
Massif de
l'Oisans
L'introduction de l'alpinisme a d'entrée de jeu
posé la question de l'appellation des montagnes, sommets et massifs, auxquels
les habitants étaient bien souvent indifférents jusque là, quand elles n'étaient
pas source de frayeur. La solution d'autrefois était simple, soit on reprenait
un nom plus ou moins ancien signifiant montagne ou hauteur dans le
langage local ou dans les langages oubliés du passé, comme pour le
Pelvoux, soit on ne nommait tout
simplement pas la montagne, comme pour les
Écrins1, soit, enfin, on lui donnait un nom rappelant une
caractéristique importante pour les habitants, comme pour notre
Meije, l'aiguille de mi-jour, midi,
pour les Gravarots. La question se posait à l'échelle des sommets, a fortiori à
l'échelle du massif dont les habitants ne pouvaient pas avoir notion. En clair,
il manquait déjà des noms pour les sommets, il n'y en avait pas pour les
massifs.
Notre massif était bien sûr concerné et n'avait
pas de nom. Compte tenu de sa taille et sa complexité, en avoir une vue
d'ensemble supposait des connaissances en géographie qui n'existaient pas ou
restaient sommaires, comme on peut le voir sur les cartes de Cassini.
Comment nommer cet ensemble mal défini de hautes
montagnes au sud-est de Grenoble ? Le seul nom géographique existant était celui
de notre Oisans, cela tombait bien
puisque les principaux sommets, Meije,
Écrins1,
et points de départ, La Grave,
Saint-Christophe-en-Oisans,
la Bérarde, se trouvaient en
Oisans. L'extension au
Valbonnais,
Valjouffrey,
Valgaudemar s'est faite
naturellement, tant ces vallées étaient proches et similaires. Plus surprenante
est l'extension à la partie briançonnaise du massif. Un nom concurrent a
d'ailleurs émergé sur ce versant, renforcé par la création du Parc Domanial du
Pelvoux, couvrant une partie de
notre massif. On a donc eu en concurrence deux noms pour désigner l'actuel
massif des
Écrins, le massif de l'Oisans et
le massif du Pelvoux. Il est de fait qu'il y a quelques dizaines d'années,
on employait indifféremment les deux noms, le premier peut-être plus fréquemment
que le second. Si le Pelvoux est un
sommet, ce qui peut justifier l'extension à un massif,
l'Oisans est un bassin
hydrographique, en aucun cas un massif !
L'ambiguïté existant, on a vu apparaître, à la
suite de Duhamel et Coolidge, une
tentative de renouvellement avec massif du Haut Dauphiné, mais dont la
définition restait peu clair
(carte ci-contre).
Massif de la Meije a aussi été utilisé, mais avec un faible succès et une
couverture plus réduite, ne recouvrant pas le sud du massif par exemple.
La création du Parc National des
Écrins en 1973 a mis tout le monde d'accord
et a imposé le nom massif des Écrins.
Pourtant, en 1978 encore,
Samivel incluait dans le grand Oisans sauvage, non
seulement
l'Oisans
géographique mais aussi toute la zone sud du massif jusqu'à
Gap,
Embrun
et Briançon.
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le grand Oisans sauvage selon
Samivel |
Depuis lors, néanmoins, on
constate la disparition progressive des appellations massif
de l'Oisans et massif du Pelvoux, au profit de l'appellation unique
et fédératrice de
massif des Écrins, la seule que nous retiendrons ici.
L'unanimité sur
l'utilisation du nom des Écrins pour l'ensemble du massif n'a pourtant
duré qu'un temps, car, surfant sur le
succès du nom, on constate une tentative inverse, réductrice cette fois, de
récupération pour le seul canton de
l'Argentière-la-Bessée,
nouvellement nommé
Pays
des
Écrins.
Le message se brouille à nouveau. Que sont donc ces fameux Écrins que le
Parc avait réussi à imposer ? Ils trônaient fièrement au centre du parc et de leur
massif et se verraient rejeter en limite d'un pays qui porterait leur nom dans
un but de promotions économique et touristique ?
Mais après tout, peut-être
est-ce tout simplement la réponse du berger à la bergère, à tous ceux qui
voudraient que le
Pelvoux
fût en Oisans
!
Note 1 :
les Écrins
n'ont été découverts que tardivement par les géographes du XIXe
siècle, alors qu'ils étaient pourtant le point culminant de la France. Ils sont
situés en fait aux confins de
l'Oisans
et du
Briançonnais,
le point culminant lui-même étant déjà complètement en
Briançonnais.
Ils
étaient parfois nommés Pointe
des Arsines par les locaux.